mardi 17 décembre 2013

Une troisième personne

                                        Origine de l'obsession, avant 6 ans

Né en 1980, Wxyz grandit dans l'Est parisien, dans les douzième et vingtième arrondissements.
Accompagné dès son plus jeune âge dans les musées, il en arrive à ne plus percevoir de frontière entre ambiances muséales et paysage urbain.
Les tourniquets du métro sont alors pour lui semblables à ceux des centres d'art.
Les interventions gratuites apparues dans l'univers du métro échappent pour lui à toute explication rationnelle.
    
                             Paris l'installation, genèse d'un mythe préhistorique

Les plus longues séparations de son environnement urbain quotidien sont les grandes vacances, ces deux mois d'été.
Ses parents l'emmenaient à la campagne où de grandes étendues curieusement trop vertes le plongeaient dans une nostalgie du gris de la ville.
Lors de ces interruptions scolaires, le moment le plus intense, son souvenir le plus net, est celui du retour sur la capitale.
Le trajet se faisait de nuit en voiture.
Intra muros, la densification des enseignes lumineuses l'avertissait de l'arrivée imminente.
Le faubourg Saint-Antoine devenait le centre du monde.
Tant de gens et d'agitation pour si peu d'espace. L'Est parisien était assurément magique pour qu'on s'y entasse de la sorte.
Ces dégradés de gris (tachetés par des enseignes colorées aux lumières fixes ou alternatives) alliés aux déplacements des phares de véhicules rouges et jaunes en tous genres ne pouvaient être que le fruit d'une gigantesque symphonie artistique orchestrée par la confrérie des adultes.
Les fenêtres éclairées ne l'étaient que pour signifier un accord et un soutient esthétique.
Les écritures conservant encore précieusement leur sens, les lettres devaient être des signes ornementaux destinés à embellir l'univers des habitants.
Il ne tarderait pas à déchanter, dès l'entrée au cours préparatoire.
    
                                       L'enseigne ment, mort d'une intuition

L'apprentissage de la lecture sur les enseignes des boutiques est pour Wxyz un drame rétrospectif, une désillusion. En effet, il ne trouva à la place de cet imaginaire consensus artistique adulte à l'échelle de la ville que des lueurs publicitaires concurrentielles liées à des intérêts particuliers.

Il n'y a pas d'organisation collective, chacun s'accroît, oeuvre à sa prospérité.

Le groupe 1984 viendra, à l'âge d'homme, palier à cette disparition.

Wxyz travaille aujourd'hui à recouvrer l'analphabétisme, au cryptage. Il déforme, découpe et crypte ces quatre dernières lettres jusqu'à l'Illisible pour retrouver, l' espace d'un instant, cet âge d'or préhistorique auquel il n'y lisait rien. 

(2010)