mercredi 5 novembre 2014

Èbauche

Sur la signature urbaine de proximité ("tag"ou "graff") et ses parentés avec la publicité.

Nos déambulations sont marquées de re-pères, notre orientation dans la ville se base sur des signes sans lien au commerce.
Dans les transports, nous regardons les espaces signés à la recherche d'inspiration typographique. Les murs vierges, eux, font office de proposition, ils pourraient devenir autant de surfaces réceptrices pour nos Lettres.
Ils peuvent en dire ce qu'ils veulent, les marchands et les geôliers: le tag ou signature urbaine de proximité nous sauve de la publicité, du principe qui voudrait que nous ne soyons qu'une accumulation d'achats inutiles.
Ce dérivé-rempart à la publicité que représente la signature urbaine de proximité effraie par sa gratuité.
Cette gratuité est pour nous essentielle si ce n'est vitale. Lorsqu'une griffe, signature  ou marque échappe au cadre publicitaire, nous l'observons, l'analysons. Elle en dit toujours plus long sur notre époque et l'auteur que n'importe quelle campagne.

Ces espaces urbains alloués à la publicité nous cernent depuis la naissance, nous avons subis des réflexions liées à leur présence dans le ventre de nos mères. 
Ces écrans sont pour nous le signe d'une Révolution manquée nous ayant précédés.
La fin de l'Histoire nous a plongés dans la neutralité , dans le gris de l'asphalte, dans le scepticisme.
À une époque sans aventures ni perspective d'Évènement, les néons fluos ont gâché notre passage-résignation à l'âge adulte, aux factures.

Pratiquer la signature urbaine de proximité était une manière de mêler l'activisme désintéressé à l'univers de la marchandise, de véhiculer l'absurdité d'une réclame sans produit.
Pratiquer la signature urbaine de proximité, ou faire déborder la pornographie publicitaire à toutes les cloisons de nos espaces de vie urbains, n'était qu'une façon pour nous de répondre à une double injonction: s'adapter et résister.
Avant l'euro, nous avions l'écu entre deux chaises.

Notre engagement juvénile dans une pratique consistant à signer nos tunnels de vie a été pour certains un encanaillement stérile sans lendemain et pour d'autres une échappatoire à la seule vraie insécurité: l'insécurité sociale.

Comble de la récupération en temps réel, la gratuité est aujourd'hui dénoncée et ces symboles muraux nous ayant toujours protégés deviennent l'emblème de leur insécurité.
Les médias utilisent aujourd'hui notre travail dans un but de propagande et nos scènes d'intervention deviennent les lieux dans lesquels chacun doit craindre pour son intégrité physique.
À l'inverse, et comme la récupération marchande se doit d'absorber les deux faces de la même pièce (reste la tranche), les spéculateurs en art portent au pinacle nos gribouillis de marginaux sans rien comprendre à nos écritures, à nos écoles…

Ne pas céder aux sirènes du fric. (Avoir connu celles des flics pourrait nous en préserver.)
Ne pas simplifier notre travail et risquer d'être récupérés.
Continuer à faire du hors-cadre.
Rester vigilants.

Daniel Pthah Bellaf
77 ans après J-C (Decaux)




mardi 10 juin 2014

2014